CLAISSE Pierre-Alain, Réflexions étymologiques concernant les Gnawa et leur origine.
L'expression ignawen appartient également aux langues dites libyco-berbères. Il est probable que cette expression soit passée dans l'arabe dialectal du Maroc chérifien en subissant des altérations de type, agenau, gnaua, gnawa ...
D'après le linguiste Miloud Taïfi [1992, pp. 160-161], dans les parlers du Maroc central, la racine gnw évoque "le ciel qui s'obscurcit" et "le tonnerre" qui s'en suit. Nos interlocuteurs berbérisants nous ont confirmé que de telles expressions suggèrent le son d'un claquement et peuvent, plus largement, qualifier le langage incompréhensible d'un peuple ou d'une civilisation méconnus, tels les esclaves venus de la boucle nord du Niger par les routes caravanières.
Pourtant, ce n'est pas la seule interprétation possible de la racine gnw, de même que la complexité de la signification du nom Gnawa n'explique toujours pas la raison de son assimilation courante avec les esclaves de Guinée: akal-ignawen. M. Delafosse [1912] l'avait évoqué à propos de l'origine culturelle d'une certaine unité culturelle saharienne et, comme l'ont indiqué les annotateurs de l'ouvrage de Léon l'Africain [1550, pp. 464 et s.] :
- "Kenawa ou Gnawa est toujours en usage au Maroc pour désigner les Noirs et leur pays".
En effet, des commerçants nord-africains utilisaient l'expression pour désigner le royaume "Ghenoa'' ; mais les habitants de ce royaume l'appelaient "Genni" et les Portugais: "Ghinea''. S'il s'agit vraisemblablement de la côte guinéenne d'où partaient les esclaves pour les Amériques, cette interprétation suffit-elle, pour autant, à déterminer l'origine géographique des Gnawa ?